Routes photovoltaïques : une fausse bonne idée ?

Routes photovoltaïques : une fausse bonne idée ?

L’information a fait la une des magazines spécialisés du secteur photovoltaïque et été relayée par certains journaux nationaux : la ministre de l’Écologie Ségolène Royal veut faire de la France un pays précurseur pour le développement des routes photovoltaïques. Avec un objectif affiché de 1000 kilomètres de routes solaires en cinq ans, les espoirs sont grands concernant cette innovation, déjà étudiée dans plusieurs autres pays comme les Pays-Bas, où des pistes cyclables solaires ont été inaugurées il y a un an. Mais cette technologie est-elle vraiment la meilleure solution pour développer les énergies vertes ? Milk the Sun fait le tour de la question. 

L’idée est séduisante : produire de l’électricité en créant des routes solaires, capables de résister au passage de camions poids-lourds, à l’abrasion et à toutes les conditions météorologiques. Le principe, quant à lui, est simple : des dalles photovoltaïques pouvant résister au trafic et aux intempéries sont collées à même le sol, et produisent de l’énergie pour alimenter éclairages publics, panneaux publicitaires, et pourquoi pas les bureaux ou habitations aux alentours. Trop beau pour être vrai ? Allons voir cela de plus près avec quelques idées reçues sur cette innovation.

« Pas l’ombre d’un doute sur le rendement des routes solaires »

Quiconque s’est déjà intéressé de près ou de loin au fonctionnement des centrales solaires est sensibilisé au fait que la moindre ombre sur une installation photovoltaïque réduit sensiblement son rendement. Par conséquent, comment ne pas s’interroger sur les performances réelles de ces routes solaires, une fois empruntées par de nombreux véhicules. Car le fait est que les heures d’utilisation intensive des routes correspondent également aux heures d’ensoleillement, sur lesquelles se base le rendement de ce système.

Par ailleurs, les centrales solaires sont des installations devant être entretenues régulièrement, du fait de la sensibilité de cette technologie aux conditions climatiques, et notamment aux poussières venant réduire notablement la production d’électricité. La pollution générée par le trafic routier est donc susceptible de réduire considérablement les rendements annoncés, à moins que le parc automobile français ne passe au 100% vert en un temps record. D’après les producteurs de routes solaires, ce revêtement ne nécessiterait aucun entretien, le trafic des voitures dépoussiérant naturellement la voirie. Admettons.

« Les routes solaires sont aussi rentables que des panneaux solaires »

Un second paramètre important lorsque l’on projette d’investir dans une centrale solaire est le montant des coûts de raccordement. Si la ministre précise souhaiter privilégier dans un premier temps les zones où une solution de raccordement est d’ores et déjà disponible, la question n’est cependant pas négligeable. En effet, les coûts de raccordement au réseau électrique sont souvent plus élevés dans les zones relativement isolées, qui seraient celles où la question de la fréquentation des routes et de l’usure de celles-ci se poserait moins.

« Les routes solaires préservent l’espace agricole disponible »

L’un des arguments phares des porteurs de projet de routes solaires est basé sur le fait que cette technologie a l’énorme avantage de ne pas dénaturer le paysage, mais également de ne pas empiéter sur les terres agricoles. Il est vrai qu’il est actuellement interdit, en France, de construire une centrale solaire au sol sur un terrain pouvant légalement être utilisé à des fins agricoles. Certes. Cependant des solutions alternatives existent et ont déjà été mises en oeuvre, à un coût bien moindre pour la collectivité. Évoquons par exemple la construction de hangars photovoltaïques mis à disposition des agriculteurs et équipés de toitures solaires financées par des développeurs de projets ou investisseurs privés. Un grand nombre de professionnels du photovoltaïque a choisi ces dernières années de s’orienter vers ce type de projets, présentant plusieurs avantages. Les hangars agricoles permettent en effet non seulement d’utiliser l’espace agricole sans empiéter sur les terres, de répondre à la demande des agriculteurs qui nécessitent souvent de grands espaces de stockage, mais aussi d’éviter les longues procédures d’appels d’offres en développant des hangars de 100 kWc passant en tarif d’achat simple, tout en permettant aux investisseurs de financer des projets « verts » et…rentables !

Surcoût, entretien, résultats sur le long terme… la route solaire doit encore faire ses preuves

Avec une durée de vie annoncée de 15-20 ans, les dalles solaires seraient 10 à 20 ans plus durables que des routes en bitume. Mais pour quel surcoût ? Avec un prix de 6 € du watt-crête à l’heure actuelle (contre 2 € pour un Wc de photovoltaïque polycristallin classique), cette technologie est non seulement moins rentable qu’une centrale photovoltaïque classique sur toiture, mais aussi plus de 3 fois plus onéreuse au mètre carré qu’une route en bitume conventionnelle.
Testée pour l’instant uniquement en accéléré, à Grenoble, Chambéry et Magny les Hameaux, et sur quelques dizaines de mètres, cette technologie doit encore faire ses preuves en ce qui concerne les effets du vieillissement des cellules, des potentiels chocs thermiques, des intempéries et de l’usure liée au trafic routier réel. Et puisque l’on s’intéresse de près aux technologies vertes, parlons un peu de recyclage. Jusqu’à présent, aucune solution n’existe pour le recyclage de ces dalles composées en grande partie de résine.
Maintenance, durée de vie du système, problèmes d’ombrage, surcoût pour la collectivité, de nombreuses questions restent donc en suspens concernant ces « routes 2.0 ». Nul doute que la COP21 a joué un rôle de catalyseur dans la planification politique à moyen terme de la transition énergétique française. Pour autant, une réflexion concernant le rapport coût-avantages des technologies vertes demeure primordiale, afin d’éviter de s’engager dans une impasse technologique et économique, au nom du « vert à tout prix ».  D’ici là, pas sûr que les routes solaires- si elles sont effectivement développées- fassent baisser le prix du péage pour les usagers. 😉

En savoir plus

Carte d’identité de ces « routes 2.0 »
Les dalles « Wattway » ont été présentées fin 2015 par l’entreprise de BTP Colas, filiale du groupe Bouygues, et médiatisées par l’intervention de la Ministre Ségolène Royal, lors de ses voeux au Groupement des Autorités Responsables de Transport, le 20 janvier dernier.
Dimensions des dalles : 1,70 x 0,70 m x 7mm d’épaisseur
Prix : 6 € / watt-crète (contre 2€ / Wc pour un panneaux photovoltaïque polycristallin classique)
Rendement : 15% (contre 18-19% pour des capteurs standard)
20 m² de dalles produisent de l’électricité pour un foyer, hors chauffage
100m² permettent d’éclairer un tunnel de 500 mètres
1 km = éclairage public pour une ville de 5 000 habitants

Coline Jégoux

Country Manager France @Milk the Sun, Berlin

1 Comment

Parra

about 1 année ago

Bonjour, Je pense qu'il est plus pertinent de mettre en place des solutions pour évacuer des millions de M2 de fibro ciment amiante madame la mînistre. En France on invente toujours un truc qui sert absolument à rien.

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